Published Friday , on 10 April 2020, 19:37:13 by Christophe Hitayezu

Manque de tests de dépistage, pénurie de masques, réflexion sur le déconfinement progressif…Alors que la France fait face à ses limites, d’autres pays ont mis en place une autre stratégie. Le Maroc a rendu depuis hier le port du masque obligatoire pour tous.

Claude Guibal Franceinfo Radio France

Dans ce Royaume de 35 millions d’habitants, le nombre de cas a doublé en une semaine. En état d’urgence sanitaire depuis la mi-mars, il a pris des mesures assez radicales.

Parmi elles, la décision d’autoriser l’usage de la chloroquine en milieu hospitalier pour soigner les malades du Covid-19. Tous les stocks du pays – dont ceux du laboratoire Sanofi Maroc- ont ainsi été réquisitionnés par l’État.

Autre mesure : le confinement obligatoire, assez strict, sauf dérogation spécifique pour se rendre au travail. Mais qui dit confinement dit pays à l’arrêt et économie en danger, ce dont le Maroc, déjà secoué par de violentes colères sociales veut au maximum limiter les effets. D’où la décision de tout faire pour sortir du confinement au plus vite en imposant le port de masque pour tous, assorti de lourdes amendes à la clé…

Les autorités marocaines ont demandé à l’industrie textile de reconvertir sa chaîne de production en urgence. En quelques semaines, le Maroc s’est mis à fabriquer des masques, passant de 2,5 millions à 3,5 millions cette semaine. Des masques dont le prix avait été initialement fixé par décret à deux dirhams avant qu’il ne soit divisé de moitié grâce à l’aide de l’État qui a appuyé les industries locales en puisant dans un fond spécial de lutte anti-Covid. Et voilà comment depuis hier les Marocains peuvent acheter des masques à 0,8 dirham pièce, soit 7 centimes d’euros.

Supermarchés et petites épiceries

Des chaînes de grande distribution jusqu’aux 70 000 épiceries locales répertoriées, le circuit de distribution de ces masques a été supervisé par les autorités. Dans la presse marocaine comme sur les réseaux sociaux, les photos de ces boîtes de masques à prix fixe et subventionné par l’État fleurissent, assorties de commentaires louangeurs ou plus ironiques, beaucoup notant que de l’autre côté du détroit de Gibraltar, l’Espagne, la France et le reste de l’Europe n’en sont pas encore capables.

Belle opération de communication aussi en interne pour le gouvernement marocain, dont le ministre de l’Industrie affirme que le pays est autosuffisant et table sur un passage à une production de 5 millions de masques par jour dès la semaine prochaine. Ce qui lui permettra de devenir exportateur… Une alternative à la production chinoise sur laquelle de nombreux pays européens pourraient être tentés de se précipiter.