Published Thursday , on 18 July 2019, 10:53:29 by José Graziano da Silva, Director-General, Food and Agriculture Organization of the United Nations


José Graziano da Silva, Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

Nos systèmes alimentaires sont altérés et, à moins que des mesures plus audacieuses ne soient prises rapidement pour les réparer, l’humanité court un risque important de voir l’augmentation de la faim, de l’obésité et des maladies liées à l’alimentation. C’est un avertissement sévère, mais qui doit être pris en compte si tous les pays veulent respecter leur engagement d’atteindre l’Objectif de développement durable 2, à savoir éliminer la faim et toutes les formes de malnutrition.

En collaboration avec ses partenaires des Nations Unies, à savoir le Fonds international de développement agricole (FIDA), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié cette semaine les dernières informations sur les tendances mondiales en matière de la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition.

L’édition de 2019 du rapport sur l’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde (SOFI) montre que, même si le pourcentage de personnes qui souffrent de la faim dans le monde est resté stable au cours des trois dernières années, leur nombre continue d’augmenter, quoique lentement. Plus de 820 millions de personnes n’ont toujours pas assez à manger tous les jours.

De plus, bien que les conflits et le changement climatique demeurent les principales causes de la faim, le SOFI de 2019 révèle que la faim a également augmenté dans de nombreux pays où l’économie a ralenti ou s’est contractée, principalement dans les pays à revenu intermédiaire d’Amérique latine. Afin de remédier à cette situation, il s’avère essentiel de mettre en œuvre et de renforcer les politiques économiques et sociales afin de neutraliser les effets des cycles économiques défavorables, tout en évitant une réduction des services essentiels.

Le rapport de cette année va également au-delà de la question de la faim et fournit pour la première fois une estimation du nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire modérée qui, en raison des incertitudes quant à leur capacité d’obtenir de la nourriture, ont réduit la qualité et la quantité de nourriture qu’elles consomment. En considérant tous les habitants de la planète touchés par cette insécurité alimentaire plus modérée ainsi que ceux qui souffrent de la faim, nous estimons qu’au total, plus de 2 milliards de personnes, soit plus du quart de la population mondiale, n’ont pas régulièrement accès à une alimentation nutritive et en quantité suffisante. Ce problème concerne non seulement les populations des pays à revenu faible ou intermédiaire, mais aussi ceux des pays à revenu élevé. Par exemple, 8 pour cent de la population d’Amérique du Nord et d’Europe en sont concernés.

Dans le même temps, aucune région du monde n’est à l’abri de la pandémie croissante d’obésité. Elle a augmenté dans toutes les régions, en particulier chez les enfants d’âge scolaire et les adultes; en conséquence, il y a aujourd’hui plus de personnes obèses que de personnes affamées dans le monde.

L’un des principaux facteurs expliquant cette forte augmentation de l’obésité est le fait que les systèmes alimentaires actuels ont accru la disponibilité et l’accessibilité des aliments ultra-transformés et très riches en énergie: riches en matières grasses, en sucre, ainsi qu’en sel et ingrédients artificiels. Ce type de nourriture est souvent moins cher et plus facile à préparer et à utiliser que des aliments frais, en particulier pour les pauvres vivant dans des zones urbaines et disposant de ressources alimentaires limitées. Le stress de vivre avec un accès incertain à la nourriture et de passer de longues périodes sans nourriture peut également entraîner des changements physiologiques pouvant contribuer au surpoids et à l’obésité. Un enfant souffrant de malnutrition court un risque plus élevé d’obésité plus tard dans la vie.

Les coûts socio-économiques qu’entraîne la malnutrition sont énormes. Les médecins s’entendent pour dire que l’obésité est un facteur de risque pour de nombreuses maladies non transmissibles, telles que les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, le diabète et certains types de cancer. En effet, les données les plus récentes montrent que l’obésité contribue à 4 millions de décès chaque année dans le monde, et son coût annuel en termes de perte de productivité économique et de dépenses de santé directes dans le monde est estimé à 2 000 milliards de dollars des États-Unis.

La FAO et la Banque mondiale ont élaboré un ensemble de politiques visant à prévenir ou réduire le surpoids et l’obésité. Il est important d’agir sur trois fronts:
Premièrement, il faut augmenter la disponibilité d’aliments sains. Cela peut se faire: 1) en régulant les niveaux de sel, de graisse et de sucre dans les produits alimentaires; 2) en interdisant ou en limitant l’utilisation des boissons sucrées dans les écoles; et 3) en favorisant l’accès aux marchés de produits frais.

Le deuxième front d’action consiste à mettre en œuvre des politiques fiscales et tarifaires. Les populations ont besoin des mesures incitatives sur le plan financier pour acheter des aliments sains. Cela peut passer par la mise en place de taxes sur les boissons sucrées ou sur les aliments riches en sel, en sucre et en graisse ainsi que la distribution de coupons aux groupes vulnérables pour leur permettre d’acheter des produits frais sur les marchés.

Le troisième front concerne l’information, l’éducation et la commercialisation. Les consommateurs doivent être conscients de ce qu’ils mangent et être encouragés à consommer des aliments sains. Il est par exemple fondamental de garantir au public un étiquetage plus complet et plus compréhensible. Il est également important de promouvoir des campagnes médiatiques pour encourager des choix plus sains en matière d’alimentation, de limiter la commercialisation d’aliments malsains destinés aux enfants et de rendre l’éducation nutritionnelle obligatoire dans les écoles.

Éliminer la faim n’est plus notre seul grand défi en matière de nutrition. La lutte contre l’obésité est également fondamentale pour le développement durable.